dimanche 1 avril 2018

Prendre les loups pour des chiens, de Hervé Le Corre

C'est de nouveau une suggestion de lecture de nos libraires préférés rue Wilson à Périgueux*. Jackie parlait de Le Corre comme d'un type qu'ils connaissaient personnellement, l'auteur étant installé à Bordeaux, et avec grande affection. Ses romans précédents semblaient l'avoir, comme Cathy qui était là aussi, bien marqué.

Bon, c'est l'été, il fait une chaleur à crever, et cela donne une empreinte au roman, celle des tenues légères et de la sueur, dont on ne sait pas toujours si elle due à la canicule. C'est "l'atmosphère moite et malsaine" dont parle Michel Abescat dans cet article pour Télérama.
Le héros, (Franck) sort de prison pour un vol à main armé qu'il a commis avec son frère qui lui n'a pas été pris. C'est une belle fille très délurée qui le cueille à sa sortie. Il comprend que c'est la compagne de son frère, qui ne pouvait pas venir le chercher en personne car il serait parti en Espagne faire fructifier le butin du casse. Après être tombé sous le charme de cette fille court vêtue, il se rendra compte progressivement qu'il s'agit d'une plante fort toxique...

Un roman qui impressionne par ses personnages tragiques aux limites de la folie et ses ambiances où transparaissent sans cesse comme en filigrane, l'été aquitain avec ses désirs de repos balnéaires -que l'on a pu approcher dans notre quotidien si ordinaire- faisant comme un contrepoint furieux avec le drame implacable qui mène ce petit monde...



























Paru en janvier 2018

*Des Livres et Nous !

vendredi 23 mars 2018

Petit voyage en Macronie.

Ecoutez bien cette femme de 70 ans qui tente de survivre intelligemment...
et ce bonhomme alcoolique et qui comprend tout.






Je propose qu'un projet de loi soit avancé qui impose aux politiques qui restreignent les minima sociaux de vivre 6 mois avec ces sommes qu'ils ne savent pas dérisoires...


jeudi 22 mars 2018

L'île du serment, de Peter May

Paru en septembre 2014 aux éditions du Rouergue, traduction Jean-René Dastugue.

C'est un regret pour Cathy et Jacky de la librairie "Des livres et nous" à Périgueux : Peter May est un ours, qui n'accepte pas facilement les invitations, d'où qu'elles viennent. Ils ont pourtant envie de le défendre cet auteur aux romans splendides, et j'aimerais aussi le rencontrer cet écossais, installé dans le Lot (il n'est pas loin de chez nous).
Ce roman se déroule (encore) sur une île. Il est allé se perdre cette fois dans l'embouchure du Saint Laurent, sur l'île d'Entrée, au Canada, où des communautés anglophones et francophones se côtoient depuis les premières migrations de colons européens. En l'occurrence majoritairement écossais pour cette île où se situe l'intrigue principale, et c'est l'occasion pour May de revenir sur un point d'histoire sans doute méconnu, celui des déportations de paysans pauvres de terres insulaires écossaises, au XIXème siècle, par de grands propriétaires terriens qui voulaient se débarrasser d'exploitants pauvres qui ne leur rapportaient rien (sans doute dans la lignée historique du mouvement des "enclosures", commencées des siècles plus tôt par les lords anglais). C'était à l'époque de la grande famine irlandaise (1845-1852) due à la maladie de la pomme de terre (le mildiou ou pourriture brune) qui n'a donc pas touché que l'Irlande...
C'est un polar assez classique dans lequel on retrouve la force descriptive des lieux que connaît Peter May et qu'il adore : les éléments naturels qu'il décrit avec force : l'importance du temps si changeant sur les îles, les rivages restés sauvages dans ces lieux peu habités, l'odeur des tourbières et des landes balayées par les vents. Personnellement, je recherche ces ambiances qu'il me semble avoir approchées (même si je connais pas l'Ecosse) et que je ressens fortement.

Pour ceux qui ne connaissent pas, un auteur à visiter...
On peut bien sûr entamer par la trilogie écossaise (qui commence par "L'île aux chasseurs d'oiseaux").













































Peter May

Crédit photo "polar.zonelivre.fr"

Je me souviens (51)

de ce couplet :

"Quand j'en ai marre d'ces braves gens,
J'fais un saut au huitième
Pour construire un moment
Avec ma copine Germaine,
Un monde rempli d'enfants
Et quand le jour se lève,
On s'quitte en y croyant, c'est vous dire si on rêve !"

Renaud (Dans mon H.L.M.")






mercredi 21 mars 2018

Citoyen d'honneur, de Mariano Cohn et Gastón Duprat

Beaucoup d'autodérision sur la société rurale argentine, bienvenue, phénomène un peu rare peut-être, d'autant mieux-venue donc.

Un écrivain lauréat du prix Nobel de Littérature, accepte, alors qu'il est retiré du monde, l'invitation du maire de sa commune natale. Il sera fait "citoyen d'honneur". Mais tout le monde n'est pas enchanté de revoir cet expatrié -en Espagne-, avec son passé d'auteur ayant introduit dans ses oeuvres des éléments de son enfance dans cette bourgade de la pampa... Un film très grinçant au final, mais qui a des airs de comédie jusqu'à ce que la pression conduise au drame final.

Un excellent moment à passer devant une bande-son espagnole indispensable. Un film sorti en septembre 2016.



















lundi 12 mars 2018

Quelques nouveaux abris sous roche,

repérés dans les environs immédiats des Eyzies de Tayac.

On m'en avait parlé, mais il fallait y grimper pour repérer et visiter les cavités. On est au-dessus de la route de Campagne, à quelques encablures du bourg des Eyzies.

Les deux sites nouveaux que nous avons repérés ne conviennent pas aux excursions avec mioches, même si, poussés par l'exaspération due à leur hyperactivité, il puisse apparaître judicieux de faire tester l'aptitude des garnements aux glissades dans l'herbe mouillée du bord des falaises*.

On est 40 mètres au-dessus de la Vézère, chocolat au lait de turbidité.




Au-dessus de la maison de l'électricienne...





















Les cavités une fois atteintes sont profondes et ramifiées...























































































Avec vue sur la vallée.





















Et puis , retour par notre terrasse préférée, celle de "Play the caveman"...






















*Pour faire un complément distractif -mais utile- à cette suggestion d'excursion, je joins les diverses techniques possibles pour se débarrasser des mini-streumons, version Frédéric Fromet :















dimanche 11 mars 2018

Partager quelque chose que l'on aime

peut finir par lui nuire.






Donc, parfois, conserver pour soi (et quelques-uns ?) les délices de cette existence ?



La forme de l'eau, de Guillermo Del Toro

N'y allez pas pour des trouvailles scénaristes inédites. C'est bateau archi rebattu.
La première impression qui m'a submergée, c'est l'atmosphère absolument semblable aux films de Jeunet, en particulier par les couleurs saturées, les gros plans déformants des visages (comme chez Amélie Poulain), et une ambiance de science-fiction des années 50 ou 60, avec une machinerie impressionnante en métal rouillé, et tout un univers décati, comme dans Delicatessen. Le côté confiné et souterrain de la société secrète de "La forme de l'eau" renvoie aussi à la bande d'hurluberlus du terrier de "La cité des enfants perdus".
La musique est proche de celle de Yann Tiersen. Alexandre Desplat a recréé un univers assez franchement amélipoulinien, avec des mélodies parisomorphes, jusqu'à l'inclusion de "la javanaise"en VF, évoquant la chanson parisienne populaire sensé -sans doute- frapper l'imaginaire américain dans le registre "idéal romantique à la française"
J'ai aussi pensé à Brazil pour l'organisation implacable d'une oppression d'état totalitaire, (pléonasme diront les rouge et noir), qui veut tout contrôler et là, en l'occurrence, savoir ce qu'il y a à l'intérieur de la bestiole capturée, la disséquer donc au lieu de lui laisser vivre une existence paisible et reptilienne dans son bain salé et épicé.

Or voilà t-y pas qu'en rentrant de cette toile, qui nous a bien plu globalement, à tous, Olivier (des plaines) me fait parvenir cet article de Ouest-France qui rapporte la réaction de JP Jeunet à la sortie de ce film. Je n'étais donc pas le seul à avoir senti la patte du Jeunet sous le sabot du Toro...
Je n'avais pas fait le lien de la fameuse scène du lit à ressorts de Delicatessen, mais effectivement, il y a trop évidemment des repiquages d'idées.

Lorsque j'ai vu le film le week-end dernier, il n'avait pas encore obtenu la consécration du milieu. C'est venu le soir même, Comme chaque fois qu'un film honnête est primé et sort du lot à ce point, on se dit qu'il n'y avait pas grand chose d'autre de fort dans la balance.










samedi 3 mars 2018

A rebours du mainstream puant en Italie et ailleurs,

les habitants d'un petit village du centre de l'Italie, Ripabottoni, montrent de l'empathie pour un groupe de migrants africains. Cas intéressant, c'est la fermeture administrative du foyer qui a provoqué la protestation des locaux.

Impossible de trouver un article en français complet sur la toile. Celui du Monde est réservé aux abonnés.

Cet article de CNN insiste sur les liens qui s'étaient créés entre les migrants et les italiens de la localité.














Je reviens du marché

Faisons le point.

Chez le même vendeur (place de la Clautre, devant la cathédrale), qui ne vend que ses produits bio issus de sa ferme, installée près de Neuvic, dans la vallée de l'Isle, j'ai trouvé :

- des patates
- des carottes
- des choux de Bruxelles
- des poireaux
- un gros morceau de citrouille
- de la mâche
- 4 pommes

J'ai payé 17 euros tout rond. Je serais curieux de savoir combien j'aurais payé ça en supermarché, pour des produits "conventionnels". Ce serait certainement un total approchant. En revanche, si j'avais pris ces produits au rayon bio, là la facture aurait été plus salée, à coup sûr. On sait comment ils abusent du côté attractif de la certification, pour refourguer des produits qui n'ont rien de local.

Je ne cesse de conseiller le marché de Périgueux, au monde entier. Mais pourquoi les gens de cette planète vont-ils faire leurs courses ailleurs ?




jeudi 1 mars 2018

A girl at my dooor, de July Jung

Encore un film coréen admirable.

L'histoire d'une amitié entre une femme chef de la police locale et une adolescente en perdition. C'est aussi un double sauvetage sous le regard bovin et malveillant des habitants de ce bout de côte de Corée, qui ne sont pas à leur avantage, là...

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce film assez récent (2015).









dimanche 25 février 2018

Il est le premier, le plus ancien du club des 27

Robert Leroy Johnson. 

Pas de chance pour lui, ce n'est pas un club de plein aux as, il s'agit du groupe des stars de la musique à être mort à 27 ans.
Robert Johnson est né dans un milieu d'ouvriers agricoles noirs très pauvres, en 1911, dans le Mississipi. Sa mère a quitté son père quand il est encore nourrisson, puis elle quitte la propriété où elle travaillait sans emmener ses deux enfants (Robert ira la retrouver quelques années plus tard). Il va donc être autonome et débrouillard très rapidement.
A 18 ans, il épouse Virginia Travis, de 2 ans sa cadette. Celle-ci meurt en couches en 1930.
C'est avec sa guitare qu'il se distinguera ensuite, trainant de ville en ville, pour trouver à se produire.
Il est repéré par les grands musiciens de blues de l'époque. Certains comme Ike Zinermann l'encouragent et le parrainent.
Il est connu grâce à deux séries d'enregistrement qu'il réalise dans une chambre d'hôtel de San Antonio, au Texas. 29 titres en tout. Il a 25 ans.
C'est un beau jeune homme, qui a un succès certain auprès des femmes qu'il rencontre.
Deux années plus tard, il meurt de maladie, ou victime (empoisonné) par un homme jaloux...
Sur son acte de décès figure la mention "No doctor"...

Pourquoi vous relater tout ceci ?

Parce que je viens de tomber sur l'intégrale en CD de son oeuvre. Parue en 2011.

























Pour reprendre le parcours sinueux de sa courte et riche existence, on peut aller chercher cette BD magnifique (le titre reprend le nom d'une de ses chansons les plus célèbres) : Love in vain.




















Dessins superbes de Mezzo.




























samedi 24 février 2018

lait et miel, (milk and honey), poésies de Rupi Kaur




Il y a un essai de mise en ordre du vécu. Un peu comme Bachelard qui décortique les étapes et les épreuves de l'amour passion, (Fragments du discours amoureux) en se basant -beaucoup- sur les souffrances du jeune Werther.


4 chapitres :

- Souffrir
- Aimer
- Rompre
- Guérir


Ce côté analytique, peu poétique a priori, suppose l'authenticité du vécu. Il y a là -peut-être- une volonté de survivre au chaos de la déchirure amoureuse. Un champignon thérapeutique qu'elle fait exploser dans une gerbe de mots qui scintillent en retombant.


Le recueil s'entame avec une force. Comme chez Sophie Calle, c'est un souvenir intime.

"
le premier garçon qui m'ait embrassée
tenait mes épaules 
comme le guidon
de la première bicyclette 
qu'il ait jamais conduite
j'avais cinq ans

il avait l'odeur de 
l'être affamé sur ses lèvres
une odeur rappelant son père
se repaissant de sa mère à 4 heures du matin

il était le premier garçon 
à m'apprendre que mon corps était
à donner à ceux qui le voulaient
et que je ne pouvais pas
ne pas me sentir pleine

et mon dieu
je me suis sentie
aussi vide que sa mère à 4 heures 25 du matin
"


Puis il est question d'incandescence (Partie "aimer") :

























De la difficulté de dépasser l'état de rupture (Partie "Rompre") :























Puis, plus loin :

"
ça revient toujours à toi
furoncles
cernes
démangeaisons
tout ramène à toi
"


Puis, quelques soupçons de résilience ("guérir").
























"
te perdre 
a été
l'avènement 
de moi-même
"

"
nous avançons tous quand
nous reconnaissons combien
les femmes autour de nous
sont résilientes et impressionnantes
"




























Traduit de l'anglais (américain) par Sabine Rolland, publié dans le Missouri en 2015
Ed. Charleston, 2017, en France.


























Rupi Kaur, indienne d'origine, émigrée au Canada.




vendredi 23 février 2018

Reçu ceci, pour diffusion

L'annonce d'un festival, à Mûrs-Erigné, en Anjou, du 23 au 25 mars à venir.














































Je relaie car dans l'affiche de ces rendez-vous se trouvent des gens que j'écoute.
Je recommande haut la main Claire Elzière, Alain Sourigues, et Wally.

La preuve qu'ils sont dans mon armoire à musique ? Voyez ci-dessous comme j'illustre fort bien mes dires.
Oui, je sais, je suis un des derniers dinos qui utilisent les CD en plastique et en os. Mais j'y tiens. Un CD est un tout plastico-musical. Si vous écoutez sur votre aïl-pode dématérialisant,  il vous manque la moitié du projet artistique. Je ne rigole pas. Ai-je l'air de ricaner ?
Le lecteur d'image attentif aura tôt fait de me reprocher de faire des copies frelatées de ces oeuvres méritantes. Je n'ai payé les droits d'auteur qu'à Sourigues dans cette trioccurence. OK. Mais je reste, ne vous en écorche la gueule, un des derniers humains dans l'univers à acheter des CD chez le monsieur qui vit pour de vrai. Alors bon. Sivouplé.





















Pour revenir à ce festival, je subodore du nez qu'il y a des perles dans ceux que je ne peux recommander, par excès d'ignarité.Vous voudrez bien escuser.

Et, simultanément, courez à Mûrs et rignez-y de ma part !


Un p'tit tizeur à l'heure du thé ?







Toutes les infos, des extraits de concerts, sur la page Fb du festival, réseau antisocial que j'exècre plus que jamais comme une grosse vache vomissant son intrabile haineuse.




L'air de rien, de Hanif Kureishi

Question de petite morale quotidienne .
Vous avez vécu une vie riche, extraordinaire, pleine de créations qui font l'admiration de tous. Mais voilà, l'âge et sa décrépitude ont poursuivi leur sape tranquille et vous êtes devenus impotent, dépendant du vouloir de vos amis, à commencer par votre chérie, de 30 ans plus jeune que vous et encore fringante.
...« légume en devenir dans un fauteuil roulant »... dit Waldo, le héros de cette histoire. Mais reprenons.
Vous avez cependant encore toute votre tête, et du monde qui continue de tourner autour de votre lit, rien ne vous échappe. Il apparaît soudain que votre femme si dévouée au quotidien à votre chevet, se rapproche doucement d'un de vos vieux amis, lui aussi très serviable, et toujours présent dans votre maison. Celui-là, avec son empressement excessif à vos côtés, joue un jeu trouble, sans doute fort intéressé...Vous avez travaillé dans l'audio-visuel, c'est un jeu d'enfant, avec les pauvres moyens matériels qui vous restent, de vérifier que ces deux-là se sont bien acoquinés. Ils fomentent et même plus car affinités. Perfidement, vous allez donc vous inviter dans leur petit jeu et y provoquer de jouissives crises en cascade pour les emperturber...
Dans cette histoire de jubilation (tout cela vous vous amuse beaucoup) et de panique mêlées (votre impotence cruelle est confirmée à chaque minute), la question est :
Après avoir vécu une vie si remplie et d'une certaine façon totalement épanouissante, est-il raisonnable de vouloir empêcher ceux qui possèdent encore, par excès de jeunesse, la faculté de jouir de cette vie d'en profiter pleinement ?
Ceux qui me connaissent savent ma réponse.
Mais bien sûr je n'ai pas tout dit. Il est vrai que ces deux-là étaient excessivement fourbes...

Une histoire délicieuse, à l'écriture sèche, sans gras (ce qu'on on aurait pu reprocher au -quelque peu-bavard "Bouddha de banlieue", par exemple) avec des réflexions de fond qui introspectent pertinemment l'âme humaine.

C'est le plus récent bouquin de Kureishi paru en France, en 2017, Ed. Bourgois, traduction de Florence Cabaret.

























Avec ses 192 pages, ce livre se prête merveilleusement à la lecture à voix haute à l'autre, au coin du feu, en sirotant une bière bio.







lundi 19 février 2018

Etats de neige, de Brigitte Baumié

Petit opuscule poétique déniché sur les étagères des alternatifs hyperactifs d'Antigone à Grenoble, publié en 2011 et qui me cause.

En 4 saisons, mais l'hiver est la principale (par sa longueur).
Les premières strophes de l'hiver :





1
volatile volante
rien dans la main
à attraper se dérobe
juste pour le regard
si légère
rien à la pelle qui trace le chemin
pour aller
hauts murs blancs pour atteindre
la porte pourtant
légèreté construite en strates solides


2
au matin bleu pur
les yeux plissés
devant
blanc infini
figé juste un souffle
monte des pieds
enfoncés
le froid
le café fume
debout au seuil
la table derrière
solide et sage à carreaux
le chaud de la tasse dans la paume
le piquant sur le dos de la main
au matin le froid


 3
maison cocon
la neige monte aux fenêtres
un peu de ciel subsiste
lumière blanche et douce
le lit accueillant
où tu es nu


4
île déserte
mais reliée dans ce temps
pont de glace
peut porter un tracteur
nos pas suffisent
maison frileuse et chaude en nous
blanc tout autour sans fin
moelleux
peuplée de neige
la solitude
ton souffle en nuages légers
ni arbre ni colline
nous regardons très loin


5
sur la berge
on sait qu'au pas suivant on marchera
sur l'eau
la différence est imperceptible
la neige juste un peu plus
désordonnée


6
fabrication d'un igloo
pour voir
un sein isolé dans la neige
puis une statue
un dessin de blanc
sur blanc
juste des ombres


7
on n'est jamais en repos
avec le froid
garder
confiantes
les racines de notre chaleur


8
il a neigé encore
tu dors
rien ne nous attend
la maison
et toute cette blancheur
respirent de ton sommeil

...












dimanche 18 février 2018

Je me souviens (50)

avoir fait une photo en Corse, où l'on voyait quatre personnes en train de lire les pieds dans l'eau d'une rivière, toutes un peu éloignées les unes des autres, et assises sur des rochers. J'aime le silence connivencier* qui domine alors entre les lecteurs qui ne s'ignorent pas totalement...
Une vraie complicité peut transpirer de ces moments assez rares. Mais les situations peuvent être variées...

* Et pourquoi pas ?

Des histoires vraies, de Sophie Calle

Sans connaître cette artiste au renom international, je l'avais repérée comme auteur de petits livres uniques, dans la librairie d'un grand musée parisien. J'ai le souvenir en particulier d'un bouquin, dans lequel il était question des affres d'une séparation, exposés brutalement et crument, comme si toute idée de pudeur était inconvenante à la situation, confrontés aux témoignages d'amis qui rapportent leur pire expérience de séparation.

C'était dans ce livre "Douleur exquise", paru en novembre 2003, dont S. Calle écrit :

"Je suis partie du Japon le 25 octobre 1984 sans savoir que cette date marquerait le début d’un compte à rebours de quatre-vingt-douze jours qui allait aboutir à une rupture, banale, mais que j’avais vécue alors comme le moment le plus douloureux de ma vie. J’ai tenu ce voyage pour responsable. De retour en France, le 28 janvier 1985, j’ai choisi, par conjuration, de raconter ma souffrance plutôt que mon périple. En contrepartie, j’ai demandé à mes interlocuteurs, amis ou rencontres de fortune : « Quand avez-vous le plus souffert ? » Cet échange cesserait quand j’aurais épuisé ma propre histoire à force de la raconter, ou bien relativisé ma peine face à celle des autres."

























Or, récemment, je suis allé jusqu'à Bordeaux acheter des tapis colorés.

















Pour ne pas faire de ce déplacement qu'une sortie commerciale, j'en profitai pour aller faire un tour au CAPC, l'Entrepôt municipal de la rue Ferrere. Bâtiment magnifique dans lequel se succèdent de grosses expos temporaires dans l'espace du bas et de plus modestes dans les galeries des étages. Ces jours-ci, Beatriz Gonzales, une plasticienne de Colombie est à l'honneur. Comme cela ne m'a pas franchement emballé, vous n'aurez pas droit à un article sur cette présentation. Les habitués de ces pages savent que je ne prends de temps que pour ce qui m'enchante.
Mais cela explique que je me sois attardé à la librairie du lieu, un de ces endroits où l'on trouve des oeuvres rares ou en tout cas, difficiles à trouver dans les circuits commerciaux traditionnels. C'est là que je suis retombé sur Sophie Calle, pour un petit livre tout récemment réédité (la première édition date de 1994, celle-ci, de décembre 2017, contient six souvenirs inédits) dont j'ai tout de suite adoré le principe et la forme.
Chaque double page présente un souvenir, avec une photo et un petit texte de quelques lignes. Ces évocations sont le plus souvent de nature intime, quelquefois de l'ordre du bizarre, toujours inattendues.




















































































Cela vous convient ? J'ai payé 19.50 € pour ces 56 souvenirs regroupés élégamment dans ce petit recueil par Acte Sud, ce qui fait presque 35 centimes du souvenir, ce qui est donné, si vous voulez mon avis que j'ai.